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INVITE

Les masques assassins - aigus tels lames de katana ou gluants tels toiles d'araignées - s'avancent fardés de faconde & de fiel. Figés d'impératifs factices, rictus s'affichant partout où règnent faux- semblant & faire-semblant, ils saturent nos façades de leurs complexions criardes. Et n'ont d'humain que l'apparence, & la douleur acide du mensonge.

Circé à chaque pas nous guette.

Mais Circé, encore que suprêmement belle, n'est point Pénélope. Ses rets doucereux ligotent & limitent, alors qu'à Ithaque, tressée de patience par celle qui espère contre le temps & la tempête, la toile ouvre le champ à l'avenir - au retour de l'aimé.

Les visages qui effleurent aux œuvres de Dominique Sonnet sont de la longue descendance d'Ulysse & Pénélope. Ils ont chacun longuement voyagé, non seulement à travers le temps rigoureux & l'espace ardu, mais en leur rêve intérieur, en leur intime secret.

Ils sont humains, éminemment. Créés pour la rencontre, pour la parole & pour l'écoute, pour le respect. Créés pour la re-connaissance (de notre espèce la plus belle élévation) : c'est en avérant l'Autre humain - par-delà ses angles, par-delà brumes & brisures & blessures & béances, ainsi que l'on reconnaît un souverain, c'est ainsi seulement que l'on devient soi-même humain.

Les portraits donc de Sonnet, dont on ne discerne que quelques traits fugaces sous une granuleuse gaze de matière, n'impètrent pas. Ils n'insistent pas. Ils ne s'imposent pas. Tout simplement, irréductiblement, ils sont là.

Ils sont.

Et c'est donc leur présence, celée au premier regard, pressentie mais nullement précisée, qui ébranle & qui convie. Chacune de ces œuvres, à rebours de l'art bavard sinon braillard qui souvent sature notre âge spasmodique, est enchâssée de silence - un silence empreint d'attente & d'espoir.

Chacune est invite.

Peu à peu le specteur discerne : pour que survienne l'œuvre, il ne suffit pas de scruter sa matérialité, même en lui consacrant assez d'attention pour que l'œil s'accoutume, pour que la perception se précise ; il ne suffit pas de considérer avec acuité & volition le visage dépeint, lequel toujours demeure si imprécis qu'il confine à l'insaisissable. Il faut naviguer plus au large.

Le miracle alors advient - lorsque, loin au cœur du silence, le voyant s'aperçoit que c'est à lui-même que renvoie chaque visage contemplé, ainsi qu'une question très douce - & toi, frère, qui es-tu en vérité ?...

Cet art parvient d'emblée, sans emphase ni pathos mais avec une prégnance presque probante, à une commination morale. Dominique Sonnet ne recourt pas aux grandes orgues de l'ithos, mais à une simple flûte en bois d'olivier. Et sa mélodie ondule depuis la fidélité d'Ithaque jusqu'à nos esquifs de Vie...

Miguel Mesquita da Cunha, mars 2018